Estimer la valeur recouvrable des actifs : oui, mais à quelle date ?

Publications Publié le 20 janvier 2026

Lors de ses vœux, le président de la République a souligné la solidité de certains indicateurs macroéconomiques français. Pourtant, les conditions de marché au 31 décembre 2025, utilisées pour les évaluations comptables, pourraient ne pas durer. A quoi bon les retenir ? Et, partant de là, à quelle date rattacher les évaluations de fin d’année ? Sont-elles, consciemment ou pas, déformées par le poids du passé ou les incertitudes du futur ?

Les valorisations, bien qu’ancrées à une date précise, sont souvent influencées par le passé ou des projections futures incertaines. Les méthodes d’évaluation et les normes comptables, comme IAS 36, jouent un rôle clé dans ces biais.

Lorsque la valeur recouvrable est calculée selon la juste valeur, elle reflète les conditions de marché à la date d’évaluation. Ainsi, la réponse à la question posée est explicite, précise et fermée.

Ce modèle, bien que précis, est critiqué pour sa volatilité et son caractère procyclique. En pratique, lorsque la juste valeur repose sur des données comparables (multiples de transactions ou boursiers), il existe néanmoins une corde de rappel vers le passé parce que les agrégats d’Ebit ou de chiffre d’affaires sont déjà vieux d’un ou plusieurs semestres.

Le modèle dominant pour les tests de dépréciation repose sur la valeur actuelle, calculée à partir de projections futures. Les paramètres financiers des taux d’actualisation, au 31 décembre 2025, restent favorables : taux sans risque compensé par une baisse des primes de marché, inflation maîtrisée sous 2 %, et PIB en croissance (+0,9 %). Ces paramètres soutiennent des valorisations élevées. Faudrait-il retenir des données différentes ? La pratique accepte couramment des moyennes historiques sur un an, mais jamais de correction prospective faute d’opposabilité.

Par ailleurs, la non-réalisation des prévisions passées se traduit souvent en pratique par des primes spécifiques dans le calcul du taux d’actualisation. Autrement dit, tant que les données prévisionnelles sont suspectées de biais optimistes, elles ne sont pas retenues sans un fort effet d’expérience.

Et lorsque le test de dépréciation a été effectué à une date éloignée du 31 décembre, il est nécessaire de s’assurer que les conditions de marché n’ont pas significativement évolué.

Les projections futures sont essentielles, mais elles s’inscrivent dans un climat des affaires, atone, qui raisonne d’inquiétudes et de difficultés variées, en décalage avec les perspectives macroéconomiques. Les prévisions pour 2026 peuvent anticiper par exemple un recul des ventes, des évolutions rapides des usages, des difficultés de recrutement et une baisse des financements publics. La Banque de France souligne que l’instabilité politique et budgétaire pourrait freiner la consommation et l’investissement.

À moyen terme, les entreprises doivent intégrer des jugements sur des enjeux stratégiques : impact de l’IA, restructurations, redéploiements, et urgence climatique.

Les données prévisionnelles pertinentes, sont, d’après la norme IAS 36 :

  • fondées sur des hypothèses raisonnables et documentées ;
  • approuvées par la Direction ;
  • explicites, détaillées et fiables, ce qui n’existe généralement pas au-delà de 5 ans, sauf justifications particulières.

Ces prévisions doivent refléter la meilleure estimation de la Direction, qu’il s’agisse d’un scénario central ou d’une espérance mathématique basée sur plusieurs scénarios pondérés. Cette dernière approche est recommandée en cas d’incertitudes nombreuses. Comme tous les flux de trésorerie potentiels sont pondérés par leur probabilité d’occurrence, le flux de trésorerie attendu qui en résulte n’est, alors, pas tributaire de la survenance d’un événement spécifié.

Cependant, l’ampleur de l’élaboration de multi-scénarios, la définition des variables, et l’estimation des pondérations, conduit souvent à privilégier des visions plus étroites, des scénarios simplifiés et, surtout, plus limitées dans le temps, parce qu’elles sont finalement plus faciles à exposer.

Ainsi, l’horizon de valorisation est souvent beaucoup plus restreint qu’on ne le pense, tout comme la durée de vie des valeurs utilisées dans les tests de dépréciation.

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