Lors de ses vœux, le président de la République a souligné la solidité de certains indicateurs macroéconomiques français. Pourtant, les conditions de marché au 31 décembre 2025, utilisées pour les évaluations comptables, pourraient ne pas durer. A quoi bon les retenir ? Et, partant de là, à quelle date rattacher les évaluations de fin d’année ? Sont-elles, consciemment ou pas, déformées par le poids du passé ou les incertitudes du futur ?

Les valorisations, bien qu’ancrées à une date précise, sont souvent influencées par le passé ou des projections futures incertaines. Les méthodes d’évaluation et les normes comptables, comme IAS 36, jouent un rôle clé dans ces biais.

Lorsque la valeur recouvrable est calculée selon la juste valeur, elle reflète les conditions de marché à la date d’évaluation. Ainsi, la réponse à la question posée est explicite, précise et fermée.

Ce modèle, bien que précis, est critiqué pour sa volatilité et son caractère procyclique. En pratique, lorsque la juste valeur repose sur des données comparables (multiples de transactions ou boursiers), il existe néanmoins une corde de rappel vers le passé parce que les agrégats d’Ebit ou de chiffre d’affaires sont déjà vieux d’un ou plusieurs semestres.

Le modèle dominant pour les tests de dépréciation repose sur la valeur actuelle, calculée à partir de projections futures. Les paramètres financiers des taux d’actualisation, au 31 décembre 2025, restent favorables : taux sans risque compensé par une baisse des primes de marché, inflation maîtrisée sous 2 %, et PIB en croissance (+0,9 %). Ces paramètres soutiennent des valorisations élevées. Faudrait-il retenir des données différentes ? La pratique accepte couramment des moyennes historiques sur un an, mais jamais de correction prospective faute d’opposabilité.

Par ailleurs, la non-réalisation des prévisions passées se traduit souvent en pratique par des primes spécifiques dans le calcul du taux d’actualisation. Autrement dit, tant que les données prévisionnelles sont suspectées de biais optimistes, elles ne sont pas retenues sans un fort effet d’expérience.

Et lorsque le test de dépréciation a été effectué à une date éloignée du 31 décembre, il est nécessaire de s’assurer que les conditions de marché n’ont pas significativement évolué.

Les projections futures sont essentielles, mais elles s’inscrivent dans un climat des affaires, atone, qui raisonne d’inquiétudes et de difficultés variées, en décalage avec les perspectives macroéconomiques. Les prévisions pour 2026 peuvent anticiper par exemple un recul des ventes, des évolutions rapides des usages, des difficultés de recrutement et une baisse des financements publics. La Banque de France souligne que l’instabilité politique et budgétaire pourrait freiner la consommation et l’investissement.

À moyen terme, les entreprises doivent intégrer des jugements sur des enjeux stratégiques : impact de l’IA, restructurations, redéploiements, et urgence climatique.

Les données prévisionnelles pertinentes, sont, d’après la norme IAS 36 :

  • fondées sur des hypothèses raisonnables et documentées ;
  • approuvées par la Direction ;
  • explicites, détaillées et fiables, ce qui n’existe généralement pas au-delà de 5 ans, sauf justifications particulières.

Ces prévisions doivent refléter la meilleure estimation de la Direction, qu’il s’agisse d’un scénario central ou d’une espérance mathématique basée sur plusieurs scénarios pondérés. Cette dernière approche est recommandée en cas d’incertitudes nombreuses. Comme tous les flux de trésorerie potentiels sont pondérés par leur probabilité d’occurrence, le flux de trésorerie attendu qui en résulte n’est, alors, pas tributaire de la survenance d’un événement spécifié.

Cependant, l’ampleur de l’élaboration de multi-scénarios, la définition des variables, et l’estimation des pondérations, conduit souvent à privilégier des visions plus étroites, des scénarios simplifiés et, surtout, plus limitées dans le temps, parce qu’elles sont finalement plus faciles à exposer.

Ainsi, l’horizon de valorisation est souvent beaucoup plus restreint qu’on ne le pense, tout comme la durée de vie des valeurs utilisées dans les tests de dépréciation.

Le 3 décembre 2025, l’EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) a publié son avis technique sur les propositions de simplification des normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards). Ces normes, qui constituent le socle du reporting de durabilité en Europe, sont au cœur de la mise en œuvre de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). L’objectif de cette simplification est double : alléger la charge pesant sur les entreprises tout en préservant la pertinence des informations fournies aux utilisateurs. Cet article propose une analyse approfondie des principales évolutions proposées, des implications pour les entreprises et des prochaines étapes attendues.

      L’avis technique de l’EFRAG vise à répondre aux préoccupations exprimées par les entreprises concernant la complexité et la lourdeur des normes ESRS. Les propositions de simplification se traduisent par une réduction significative des exigences en matière de reporting :

      • Une diminution de 61 % des datapoints obligatoires (shall datapoints).
      • La suppression totale des datapoints volontaires (may datapoints).

      Cependant, il est important de noter que cette réduction des datapoints n’entraîne pas nécessairement une diminution équivalente de l’effort requis pour les préparateurs. L’objectif est de maintenir un niveau d’information pertinent pour les utilisateurs tout en permettant aux entreprises de se concentrer sur les aspects les plus significatifs de leur reporting de durabilité.

      L’avis technique introduit plusieurs modifications structurantes pour les ESRS, parmi lesquelles :

        Ce principe, désormais explicitement énoncé dans les normes, impose aux entreprises de garantir que leur reporting de durabilité reflète fidèlement les informations significatives concernant leurs impacts, risques et opportunités (IRO). Cela inclut la publication d’informations spécifiques à l’entreprise (entity-specific) lorsque les normes ESRS ne suffisent pas à fournir une vue complète et pertinente.

        L’EFRAG propose une approche Top down basée sur le business model de l’entreprise, en complément ou en remplacement de l’approche Bottom up. Des précisions sont également apportées sur l’évaluation des impacts actuels et potentiels, notamment en tenant compte des politiques de prévention et d’atténuation déjà mises en œuvre.

        Le filtre de matérialité est désormais applicable à la norme ESRS 2, tout en précisant que les informations contenues dans cette norme sont fondamentales et susceptibles d’être matérielles pour toutes les entreprises.

        L’EFRAG propose des mesures de simplification permanentes, telles que la notion de undue cost or effort, permettant aux entreprises de ne pas fournir certaines informations dans des cas spécifiques (par exemple, en cas de ressources insuffisantes ou de niveau d’incertitude trop élevé). Ces reliefs sont toutefois assortis d’une demande de transparence et d’une amélioration continue.

        Les normes ESRS bénéficient d’un langage simplifié et d’une révision des exigences de divulgation générale (General Disclosure Requirements), avec une suppression des doublons et une harmonisation accrue avec les normes ISSB.

          L’avis technique de l’EFRAG constitue une étape clé dans le processus de révision des normes ESRS. Plusieurs actions sont attendues dans les mois à venir :

          • Poursuite du processus de normalisation :
            • Vote au Conseil de l’Europe le 10 décembre,
            • Vote au niveau de la Commission des Affaires Juridiques du Parlement Européen le 11 décembre,
            • Vote en plénière du Parlement Européen le 16 décembre.
          • En décembre 2025, l’EFRAG soumettra à la Commission européenne les Basis for Conclusions, une note explicative et une analyse coûts-bénéfices des ESRS amendées.
          • La Commission européenne adoptera un acte délégué révisant l’ensemble du set 1 des ESRS, qui pourrait être soumis à consultation publique avant son adoption définitive.

          Selon les prévisions, les normes révisées devraient être applicables pour les états de durabilité FY 27 publiés en 2028, avec une option de mise en œuvre volontaire dès l’exercice 2026.

          Conclusion
          La simplification des normes ESRS proposée par l’EFRAG représente une avancée significative pour le reporting de durabilité en Europe. En réduisant la complexité des exigences tout en préservant la pertinence des informations, ces évolutions répondent aux attentes des entreprises et des utilisateurs. Toutefois, certains observateurs soulignent que les nombreux reliefs introduits, bien qu’utiles, devraient rester exceptionnels et encadrés afin de garantir la qualité et la comparabilité des informations publiées.

          Alors que la Commission européenne s’apprête à adopter un acte délégué basé sur ces propositions, les entreprises doivent se préparer à intégrer ces changements dans leurs processus de reporting. La mise en œuvre des normes révisées, prévue pour les états de durabilité FY 27, offre une opportunité de repenser les pratiques de reporting en matière de durabilité, en les rendant plus efficaces et adaptées aux besoins des parties prenantes.En définitive, ces évolutions témoignent de la volonté de l’Europe de concilier ambition en matière de durabilité et pragmatisme dans l’application des normes. Elles marquent une étape importante vers un reporting de durabilité plus accessible, tout en renforçant la transparence et la responsabilité des entreprises face aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance.

          Dans ses recommandations pour l’arrêté des comptes 2025, l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) met en lumière l’importance d’une communication transparente et rigoureuse sur les impacts des risques géopolitiques et des incertitudes économiques. Ces éléments, qui influencent directement la performance financière des entreprises, nécessitent une attention particulière dans la préparation des tests de dépréciation et la constitution de provisions. Voici les principaux points à retenir pour les professionnels comptables et financiers.

          Les entreprises évoluent dans un environnement marqué par des tensions géopolitiques, des fluctuations économiques, et des incertitudes liées à des crises climatiques ou énergétiques. Ces facteurs peuvent affecter les hypothèses sous-jacentes aux états financiers, notamment en matière de valorisation des actifs, de prévisions de flux de trésorerie, et de gestion des risques. L’AMF insiste sur la nécessité d’intégrer ces incertitudes dans les analyses financières et de les communiquer de manière claire aux parties prenantes.

          Les tests de dépréciation des actifs non financiers, tels que les immobilisations corporelles et incorporelles, doivent être réalisés avec une rigueur accrue. L’AMF recommande de porter une attention particulière aux hypothèses clés utilisées dans les calculs de valeur recouvrable, notamment les taux de croissance, les marges opérationnelles, et les taux d’actualisation. Ces hypothèses doivent refléter les impacts des incertitudes géopolitiques et économiques.

          En outre, les analyses de sensibilité doivent être renforcées pour évaluer la robustesse des hypothèses retenues. L’AMF préconise de présenter des scénarios alternatifs, en tenant compte des risques identifiés, afin de mieux informer les investisseurs sur les éventuelles variations de la valeur des actifs.

          La constitution de provisions est un autre aspect clé dans ce contexte incertain. Les entreprises doivent évaluer avec précision les risques liés aux restructurations, aux litiges, aux contrats onéreux, et aux pertes de crédit attendues. L’AMF souligne l’importance de justifier les montants provisionnés et de fournir des informations détaillées sur les hypothèses retenues.

          Les provisions pour restructuration, par exemple, doivent être basées sur des plans détaillés et réalistes, tandis que les provisions pour pertes de crédit doivent intégrer les impacts des tensions économiques sur la solvabilité des contreparties. Les impôts différés actifs, souvent sensibles aux prévisions de résultats futurs, nécessitent également une revue approfondie dans un contexte de volatilité accrue.

          Dans ses recommandations, l’AMF insiste sur la nécessité de renforcer la transparence dans la communication des jugements clés et des hypothèses retenues. Les entreprises doivent expliquer clairement les impacts des incertitudes sur leurs états financiers, en fournissant des informations détaillées dans les annexes. Cette démarche permet de limiter les risques de mauvaise interprétation et de renforcer la confiance des investisseurs.

          Les risques géopolitiques et les incertitudes économiques imposent aux entreprises une vigilance accrue dans la gestion de leurs actifs et passifs. Les tests de dépréciation et la constitution de provisions doivent être réalisés avec rigueur, en intégrant des hypothèses réalistes et en tenant compte des scénarios alternatifs. La transparence dans la communication financière est essentielle pour répondre aux attentes des parties prenantes et garantir la fiabilité des états financiers. Les professionnels comptables et financiers jouent un rôle clé dans cette démarche, en veillant à l’application des recommandations de l’AMF et à l’adaptation des pratiques aux évolutions du contexte économique.

          L’Autorité des Marchés Financiers (AMF) a publié ses recommandations pour l’arrêté des comptes 2025 en tenant compte des priorités européennes définies par l’ESMA (European Securities and Markets Authority). Ces recommandations couvrent plusieurs thématiques essentielles. Voici quelques points clefs.

          L’AMF met en avant l’entrée en vigueur de la norme IFRS 18 au 1er janvier 2027 qui vise à améliorer la transparence et la comparabilité des états financiers. Les principaux changements incluent une refonte du compte de résultat, une nouvelle approche pour les états financiers primaires et une présentation obligatoire de sous-totaux normalisés. Les indicateurs de performance (MPM) devront être justifiés, calculés et réconciliés avec les sous-totaux IFRS dans une note annexe dédiée.

          En parallèle, des amendements aux normes IFRS 9 et IFRS 7 entreront en vigueur au 1er janvier 2026 avec des clarifications sur les passifs financiers réglés par virement électronique et les contrats d’énergie. Ces modifications nécessitent une attention particulière pour garantir une application conforme.

          Dans les deux cas évoqués ci-dessus, des informations sur les impacts attendus pourraient être publiées.

          L’AMF insiste sur la nécessaire cohérence entre les états financiers et les informations extra-financières, notamment pour limiter les risques de greenwashing. Les émetteurs sont encouragés à intégrer les incertitudes climatiques dans leurs jugements clés et hypothèses, en s’inspirant des exemples publiés par l’ANC et l’IASB.

          Dans un contexte économique et géopolitique complexe, l’AMF recommande une communication transparente sur les jugements clés, les hypothèses retenues et les impacts des incertitudes sur la performance financière. Les tests de dépréciation doivent être renforcés avec une attention particulière aux hypothèses clés et aux analyses de sensibilité. Les provisions pour restructuration, les impôts différés actifs et les risques de crédit nécessitent également une revue approfondie.

          L’AMF souligne des lacunes dans l’application des principes d’IFRS 8 Secteurs opérationnels, notamment en matière de désagrégation des informations sectorielles. Les sociétés doivent présenter des données détaillées sur les produits, charges, zones géographiques et clients principaux, tout en justifiant les regroupements sectoriels éventuels. Une granularité accrue est recommandée pour garantir la pertinence et la transparence des informations.

          Le règlement délégué (UE) 2025/19 introduit des modifications au format ESEF incluant une mise à jour de la taxonomie IFRS. Les émetteurs doivent veiller à l’exactitude des balises utilisées, à la cohérence des relations de calcul et à l’ancrage des extensions. L’AMF encourage les sociétés à tester la nouvelle structure de taxonomie avant sa mise en œuvre.

          Les recommandations de l’AMF pour 2025 mettent en lumière des évolutions majeures à venir dans les normes comptables et le reporting financier. Elles appellent les émetteurs à anticiper les impacts organisationnels, renforcer la transparence et garantir la cohérence des informations financières et extra-financières. Ces mesures visent à répondre aux attentes croissantes des parties prenantes en matière de qualité et de fiabilité de l’information financière.

          La norme IFRS 18, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2027, marque une étape importante dans l’évolution des pratiques comptables internationales. Adoptée pour répondre aux attentes croissantes des investisseurs en matière de transparence, de cohérence et de comparabilité, cette norme introduit des changements significatifs dans la présentation des états financiers.

          L’objectif principal d’IFRS 18 est de fournir aux utilisateurs des états financiers des informations utiles et structurées sur les actifs, passifs, capitaux propres, produits et charges d’une entreprise. Ces informations visent à améliorer la compréhension des perspectives de trésorerie et de la gestion des ressources économiques par la direction. La norme met également l’accent sur la comparabilité des états financiers entre différentes entités et périodes, tout en offrant une présentation claire et synthétique des données financières.

          IFRS 18 introduit des modifications importantes dans la structure des états financiers. Le compte de résultat, par exemple, sera désormais organisé autour de nouvelles catégories, dont une dédiée aux investissements. Deux sous-totaux obligatoires, le résultat d’exploitation et le résultat avant financement et impôt, devront être présentés, tandis que des sous-totaux optionnels pourront être ajoutés sous certaines conditions.

          Le tableau des flux de trésorerie subira également des ajustements. Le résultat d’exploitation deviendra le point de départ de la méthode indirecte, remplaçant le résultat net. Par ailleurs, les flux liés aux intérêts et aux dividendes devront être classés de manière uniforme, selon des règles plus prescriptives.

          Les annexes joueront un rôle clé dans la mise en œuvre d’IFRS 18. Les entreprises devront fournir des informations détaillées sur les charges d’exploitation par nature, notamment lorsqu’elles utilisent une présentation par fonction ou mixte. Les indicateurs de performance définis par le management (MPM) devront être réconciliés avec les sous-totaux IFRS les plus proches, afin de garantir leur transparence et leur pertinence.

          Bien que la norme IFRS 18 soit saluée pour ses avancées en matière de transparence et de comparabilité, elle soulève également des interrogations techniques. L’une des principales questions concerne la définition des indicateurs de performance (MPM). La norme laisse une grande liberté aux entreprises pour définir ces indicateurs, ce qui pourrait entraîner des divergences dans leur interprétation et leur comparabilité entre entités. Comment garantir que ces MPM, souvent utilisés dans la communication financière, ne deviennent pas des outils de manipulation des résultats ?

          Un autre point de débat porte sur la classification des produits et charges inhabituels ou non récurrents. IFRS 18 ne fournit pas de définition claire de ces éléments, ce qui pourrait compliquer leur présentation et leur analyse. Les entreprises devront exercer un jugement significatif pour déterminer si certains éléments doivent être classés dans la catégorie « Exploitation » ou dans une autre catégorie. Cette flexibilité, bien qu’utile, pourrait nuire à la cohérence des états financiers.

          Enfin, la suppression des options de présentation des flux de trésorerie liés aux intérêts et dividendes dans le tableau des flux de trésorerie pourrait poser des défis pratiques. Certaines entreprises, notamment celles ayant des activités principales spécifiques, devront adopter une politique comptable uniforme pour ces flux, ce qui pourrait ne pas refléter pleinement la réalité économique de leurs opérations.

          La mise en œuvre d’IFRS 18 nécessitera une adaptation significative des systèmes d’information, des processus internes et des pratiques de communication financière. Les entreprises devront revoir leur plan de comptes, identifier les données nécessaires et former leurs équipes pour répondre aux nouvelles exigences. Les indicateurs de performance, qui jouent un rôle central dans la communication financière, devront être clairement définis et alignés avec les normes IFRS.

          L’application d’IFRS 18 sera rétrospective, avec retraitement des périodes comparatives. Les entreprises auront la possibilité d’anticiper son adoption, sous réserve de l’approbation par l’Union européenne. Cette transition impliquera une réconciliation des lignes du compte de résultat entre les montants retraités selon IFRS 18 et ceux précédemment présentés selon IAS 1.

          IFRS 18 représente une avancée majeure pour la présentation des états financiers, en renforçant la transparence et la comparabilité des informations financières. Cependant, les questionnements techniques sur la définition des indicateurs de performance, la classification des éléments inhabituels et la suppression de certaines options de présentation soulignent la nécessité d’une mise en œuvre réfléchie et rigoureuse. Les entreprises devront non seulement adapter leurs systèmes et processus, mais aussi exercer un jugement éclairé pour garantir que les informations fournies répondent aux objectifs de la norme tout en restant pertinentes pour les utilisateurs.

          Alors que la date d’entrée en vigueur approche, il est essentiel pour les professionnels de la comptabilité et de la finance de se préparer à cette transition. Une analyse approfondie des impacts, une formation des équipes et une communication transparente avec les parties prenantes seront des éléments clés pour réussir l’adoption d’IFRS 18.Cette norme, bien qu’exigeante, offre une opportunité unique de repenser la manière dont les performances financières sont présentées et interprétées. Elle invite les entreprises à aller au-delà des exigences réglementaires pour offrir une vision claire et cohérente de leur activité, répondant ainsi aux attentes croissantes des investisseurs et autres parties prenantes.

          Les dettes « opérationnelles » sont des engagements, financiers ou non, qui sont liés aux activités courantes de l’entreprise, généralement à court terme. Dans un modèle d’actualisation des flux de trésorerie, une forte variation de BFR lors de la première année du plan d’affaires par rapport à des niveaux futurs estimés normatifs, peut trahir une analyse incomplète des dettes financières opérationnelles. Mais l’analyse de ces dettes peut apporter beaucoup plus à l’évaluateur.

                Les dettes « opérationnelles » financières

                La financiarisation des activités courantes des entreprises n’est pas réservée aux grands groupes : mobilisations de créances, crédits de campagne, optimisation des découverts bancaires, modification des délais de règlement clients, fournisseurs, couvertures de taux, etc.

                Ces opérations ont en commun de modifier les échéances des flux de trésorerie directement liés à l’activité. Et leurs impacts sont généralement chiffrables. Les évaluateurs sont habitués à les identifier et les intégrer dans leurs analyses.

                Les dettes « opérationnelles » non financières

                Cette catégorie regroupe les composantes habituelles du passif circulant, dont la contrepartie est le besoin en fonds de roulement : dettes fournisseurs, dettes fiscales et sociales, etc.

                Mais aussi les éléments liés à des pratiques commerciales (garanties clients), à la gestion des risques (litiges), ou du personnel (litiges avec le personnel, bonus). Dans certains secteurs, il peut aussi exister des engagements réglementaires ou contractuels de maintenance, de révision, de travaux d’entretien.

                Ces engagements vont également refléter des opérations non récurrentes de restructuration, de transition et d’adaptation requises par des objectifs de développement durable ou, à la limite du raisonnement, les indemnités de départ à la retraite. Le point d’attention à garder à l’esprit est que ces éléments peuvent être enregistrés en charges d’exploitation (OPEX) et non en investissements structurels (CAPEX). De même les dettes fiscales peuvent résulter de taux effectifs d’impôts variables dans le temps et du fait des conditions d’exploitation.

                Ces dettes peuvent enfin résulter d’estimations et de classements comptables particuliers, qui ne sont pas nécessairement comparables au sein d’entreprises du même secteur.

                L’analyse fine des dettes opérationnelles non financières n’est pas considérée usuellement comme une étape critique par les évaluateurs pour deux raisons. La première est que leurs impacts, noyés dans les variations de BFR, sont souvent considérés comme relativement limités. La seconde est que les modèles d’évaluation reposent sur des paramètres (des postulats ?) de stabilité des structures d’exploitation : BFR normatif, taux d’EBITDA observés représentatifs d’une valeur pérenne.

                Pourtant l’attention des évaluateurs sur la nature et les évolutions des dettes opérationnelles non financières augmente lorsque les entreprises sont confrontées à des incertitudes récurrentes ou systémiques, ou à des mutations significatives, notamment liées à la durabilité. Pourquoi ?

                Parce que ces analyses répondent à la nécessité de comprendre les modèles économiques des entreprises et leur gestion des risques « en dedans », sans se limiter à plaquer des profils standardisés. Cette compréhension ne peut-elle pas résulter d’échanges avec la Direction ? En partie, car ces analyses renforcent la posture d’esprit critique et fournissent des bases pertinentes de discussion contradictoire.

                A partir de ces analyses, l’évaluateur pourra :

                • Fiabiliser la cohérence des flux d’exploitation, d’investissement et de financement ;
                • Comprendre comment le BFR en général, et les dettes opérationnelles non financières en particulier, évoluent sur l’horizon d’un plan d’affaires ;
                • Jauger les estimations et la politique de gestion des risques. Pour mémoire, un projet de l’IASB de révision des approches d’estimation des passifs contingents (IAS 37) pourrait modifier certaines pratiques d’estimation ;
                • Apprécier les différences de pratique entre des sociétés constitutives d’un échantillon comparable, rendant indispensables par exemple des ajustements d’EBITDA.

                Ainsi, l’attention portée aux dettes opérationnelles non financières est un moyen utilisé par les évaluateurs pour s’approprier en détail les modèles économiques dans les environnements en mutation. La finalité est triple : fiabiliser les modèles d’évaluation, impacter la valeur, et, encore plus important, s’assurer de la cohérence du modèle économique sur la durée du plan d’affaires.

                La nouvelle norme IFRS 18 « Etats financiers : Présentation et informations à fournir » est d’application obligatoire à compter des exercices ouverts au 1er janvier. Elle devra être appliquée de façon rétrospective aux données comparatives.

                IFRS 18 a vocation à remplacer la norme « IAS 1 Présentation des états financiers », en renforçant la présentation d’informations plus pertinentes, transparentes et comparables au sein des états financiers primaires.

                La norme introduit trois principaux changements :

                • des principes d’agrégation et de désagrégation des éléments dans les états financiers ;
                • une présentation plus structurée du compte de résultat comprenant des sous-totaux obligatoires et optionnels ;
                • de nouvelles informations à communiquer dans les notes annexes.

                Les investisseurs et autres utilisateurs des comptes pourront ainsi bénéficier d’une présentation plus uniforme des états financiers, offrant une meilleure comparabilité entre les entreprises.

                Les éléments présentés dans les états financiers primaires doivent être agrégés ou désagrégés selon qu’ils présentent des caractéristiques similaires ou différentes. Ces principes s’appliquent à tous les éléments d’actifs, de passifs, capitaux propres, produits, charges et flux de trésorerie, générés par les transactions de l’entité.

                La mise en œuvre de ces principes nécessitera que les entreprises analysent les rubriques actuelles de leurs états financiers afin de classer et agréger les éléments dans des postes en fonction de leurs caractéristiques et pourrait conduire à une présentation différente des postes au sein des états financiers primaires.

                La norme IFRS 18 impose une structuration du compte de résultat comprenant cinq catégories : exploitation, investissement, financement, impôt sur le résultat et activités abandonnées.

                La catégorie Exploitation inclut les produits et charges issus des activités principales de l’entité, qui peuvent être plurielles. Il s’agit de la catégorie par défaut incluant tous les produits et charges non classés dans les autres catégories, y compris les éléments non récurrents.

                Les sociétés peuvent présenter leurs charges d’exploitation soit par nature, soit par fonction, soit selon une présentation mixte. Dès lors que l’entité choisit une présentation par fonction, de nouvelles obligations d’information complémentaire s’imposent, telles que la présentation obligatoire du coût des ventes à la face du compte de résultat ou encore des informations quantitatives et qualitatives à fournir en annexes sur certaines charges par nature.

                • aux entités mises en équivalence,
                • aux autres investissements, incluant les produits et les charges issus d’actifs générant un rendement largement indépendant des autres ressources détenues par l’entité, comme les titres non consolidés ou encore les immeubles de placement,
                • à la trésorerie et aux équivalents de trésorerie,

                La catégorie Financementcomprend les produits et les charges liés aux passifs de financement, ainsi que les produits et les charges d’intérêts liés aux autres passifs, tels que les charges d’intérêts issues de la désactualisation des engagements retraite, des dettes de loyers…

                Cette nouvelle présentation implique qu’il n’est plus possible de présenter à la face du compte de résultat une ligne « coût de l’endettement net », les produits issus de la trésorerie étant dorénavant présentés dans la catégorie Investissement.

                Les entités seront dans l’obligation de présenter les deux sous totaux suivants :

                • le résultat d’exploitation, tel qu’explicité plus haut et constitué des charges et des produits d’exploitation,
                • le résultat avant financement et impôt sur le résultat, constitué du résultat d’exploitation et du résultat d’investissement.

                Les charges et les produits de financement sont présentés à la suite du sous total « Résultat avant financement et impôt » pour aboutir au résultat net avant impôt, puis sont présentés les effets d’impôts et le résultat des activités abandonnées.

                Des sous totaux optionnels prévus ou non par IFRS 18 pourront être présentés à la face du compte de résultat, tels que la marge brute, le résultat d’exploitation avant amortissements et dépréciation, résultat avant impôt ou encore résultat des activités poursuivies.

                Les entités auront désormais la possibilité d’inclure dans les états financiers des indicateurs de mesure de la performance, dans une note annexe. Elles devront indiquer en quoi ces indicateurs fournissent une information utile et comment ils sont déterminés. Un rapprochement des MPCD avec les totaux et sous-totaux spécifiés par la norme devra être effectué, ce qui impliquera nécessairement des efforts supplémentaires.

                L’application de la nouvelle norme sera une opportunité pour les entreprises de restructurer leurs états financiers, avec de nouveaux sous-totaux et indicateurs de performance afin de présenter une information financière plus pertinente au regard de l’activité.

                A l’issue des analyses et des impacts identifiés, les entreprises devront revoir la collecte de l’information dans les outils de consolidation, impliquant des modifications des plans de comptes locaux et consolidés, y compris le mapping associé, ou modifier les états de collecte et restitution.

                Compte tenu de l’évolution attendu des états financiers, il sera nécessaire de revoir le tagging ESF.

                Ces travaux peuvent prendre un temps certain et nécessiter de coordonner divers intervenants, il est donc important de les prévoir dès le début du projet.

                En mars et avril 2025, l’administration américaine a imposé des tarifs douaniers sur une large gamme de produits importés dans le cadre d’une stratégie de protectionnisme économique visant à stimuler la production nationale. Ces mesures ont suscité des débats en raison de leurs implications complexes sur l’économie mondiale et les états financiers des entreprises.

                Les tarifs ont directement affecté les entreprises américaines en augmentant leurs coûts de production et en exerçant une pression sur leurs marges. À l’international, les partenaires commerciaux ont réagi par des mesures de rétorsion perturbant les exportations américaines et la compétitivité des entreprises sur les marchés mondiaux.

                L’un des effets les plus immédiats des tarifs douaniers a été l’augmentation du coût des ventes pour les entreprises qui dépendent de l’importation de matières premières ou de produits finis. Les entreprises manufacturières, en particulier, ont vu leurs coûts de production grimper, ce qui a souvent conduit à une contraction des marges. Pour certaines, cela a nécessité une réévaluation de leurs chaînes d’approvisionnement avec une recherche accrue de fournisseurs locaux ou exportant depuis des pays non soumis à ces nouveaux tarifs.

                Les tarifs douaniers ont également eu un impact sur les revenus des entreprises exportatrices. En réponse aux mesures américaines, plusieurs pays ont imposé leurs propres tarifs sur les produits américains, rendant ces derniers moins compétitifs sur les marchés internationaux. Les entreprises exportatrices ont ainsi dû faire face à une baisse de la demande, ce qui a affecté leurs chiffres d’affaires et, par conséquent, leur rentabilité.

                Les fluctuations des coûts et des revenus ont également influencé les bilans des entreprises. Les actifs, notamment les stocks, ont souvent été réévalués en fonction des nouveaux coûts d’importation. De plus, certaines entreprises ont dû augmenter leur endettement pour financer les coûts supplémentaires liés aux tarifs, ce qui a alourdi leurs passifs. Cette situation a parfois conduit à une détérioration de leur solvabilité, affectant leur capacité à obtenir des financements à des conditions favorables.

                Depuis que ces mesures ont été mises en place les taux de change ont fortement évolué, le dollar perdant du terrain face à l’euro ou aux autres devises internationales. Cette évolution ne saurait trouver sa cause uniquement dans les comparaisons des taux d’intérêts offerts par les banques centrales, il s’agit bien là d’un effet direct des mesures protectionnistes américaines. Dans ce contexte, les entreprises exportatrices européennes ou importatrices américaines verront leurs opérations également impactées à ce titre. La mise en place de politiques de couverture pourrait par ailleurs s’avérer complexe et couteuse dans le contexte d’incertitude actuel.

                Face à ces défis, les entreprises ont adopté diverses stratégies pour atténuer l’impact des tarifs douaniers sur leurs états financiers. Certaines ont opté pour une augmentation des prix de vente afin de compenser les coûts accrus, bien que cela ait pu entraîner une baisse de la demande. D’autres ont investi dans l’innovation et l’efficacité opérationnelle pour réduire les coûts internes. Enfin, la diversification géographique des marchés et des sources d’approvisionnement est devenue une priorité pour minimiser les risques liés aux politiques commerciales.

                Les effets des tarifs douaniers de 2025 sur les états financiers des entreprises pourraient avoir des implications à long terme. La nécessité de s’adapter à un environnement commercial incertain pourrait encourager une transformation structurelle des modèles d’affaires avec une attention accrue portée à la résilience et à la flexibilité. De plus, ces événements pourraient influencer les politiques économiques futures, incitant les gouvernements à rechercher des solutions multilatérales pour éviter les perturbations économiques majeures.Ainsi, les tarifs douaniers imposés par l’administration Trump en 2025 ont eu des effets profonds et variés sur les états financiers des entreprises. Alors que certaines ont réussi à s’adapter, d’autres continuent de faire face à des défis importants. L’évolution de ces politiques et leurs conséquences économiques devraient rester pour quelques mois encore un sujet d’analyse crucial pour les décideurs et les investisseurs.

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